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Autonomie

Il y a un « mouvement » qui prend de l'ampleur en ce moment, qu'on pourrait appeler le mouvement autonomiste, puisque qu'il vise à être le plus autonome possible. Ça passe souvent par acheter son propre terrain, sa propre maison (ou la construire), ne pas dépendre des réseaux publics d'eau et d'électricité, manger au maximum des choses qu'on a cultivé ou élevé soi-même.

L'idée derrière tout ça est de retourner à une vie plus simple, de reprendre le temps de vivre, de se concentrer sur ce qui compte vraiment, mais aussi de vivre en respectant plus la nature, en polluant moins, en étant plus proche du reste du vivant, et d'éviter de mourir si jamais le monde que nous connaissons s'effondrait soudainement.

Globalement, je trouve l'idée plutôt séduisante. Mais j'ai quand même une grosse critique à adresser à ce mouvement : il m'a l'air très peu politisé. Pour être honnête, je ne suis pas aller très loin dans mon exploration, j'ai regardé une trentaine de vidéos sur le sujet et j'en ai discuté avec un ami qui s'y intéresse plus sérieusement que moi, c'est tout. Donc je vais peut être dire des bêtises, peut être que ma critique n'est pas valide, et en fait j'aimerais bien qu'on me donne tort.

La plus grosse refléxion politique que j'ai pu voir dans ce milieu était « La société de consommation rend fou. » ou « On est en train de détruire la planète et il faut changer de mode de vie pour la protéger ». Alors, c'est déjà bien, et c'est le point de départ de toute la réflexion qui va amener ces gens à vivre en autonomie. Mais il y a quand même beaucoup de questions impensées.

Est-ce que tout le monde pourrait vivre comme ça ?

Le problème avec ce mouvement, comme avec beaucoup d'autres, c'est qu'il faut que suffisament de personnes le rejoignent pour qu'il ait un réel impact.

Il faudrait donc que tout le monde achète son terrain et bâtisse sa maison dessus. En se limitant au cas de la France, niveau place, ça semble compliqué : la densité est de 107 habitants par km² (d'après Wikipédia). Compliqué d'avoir chacun sa maison et son jardin, donc. Surtout que certaines zones sont difficilement habitables (les montagnes notamment), et que si on se considère comme un mouvement écologiste, habiter chaque millimètre de territoire, tout transformer pour les humains, ne rien laisser de « sauvage », me semble un peu contradictoire. Donc il va falloir se serrer un peu à un moment. Mais à la limite ce n'est pas vraiment un souci : on peut avoir de petits villages autonomes, des bâtiments qui logent beaucoup de monde sans prendre beaucoup de place, bref il y a sans doute des solutions.

Mais ça veut aussi dire qu'on doit construire beaucoup de bâtiments, parce que ce mouvement, si il devenait massif, correspondrait à un exode urbain, et les campagnes ne sont sans doute pas en capacité d'accueillir des milliers de citadins. Et construire plein de bâtiments, c'est pas forcément super écologique.

En plus de ça, ça coûte de l'argent. Il faut quand même être assez riche pour pouvoir acheter un terrain et s'y installer. Alors bien sûr on peut demander un prêt, mais je pense que c'est pas super simple de convaincre son banquier de nous prêter de l'argent en lui disant « Je vais aller vivre seul à la campagne, me couper du reste du monde le plus possible, et vivre avec ce que je produis moi-même. »

Un mouvement de privilégiés

Pour moi les personnes qui peuvent faire ce genre de changement dans leurs vies sont donc clairement privilégiées. Et ils ont du mal à questionner se privilège et à se rendre compte que c'est bien beau ce qu'ils font mais que tout le monde ne peut pas en faire de même.

Cette non remise en question des privilèges, je l'ai assez bien vue avec les vidéos que j'ai regardé. De nombreuses personnes parlaient, mais je n'ai vu que des blanc⋅hes. C'est quand même fou. J'ai du voir les témoignages d'une cinquantaine de personnes, toutes plus pâles les unes que les autres.

Il y avait parfois des femmes, mais je n'en ai jamais vu qui n'étaient pas en couple (hétéro), et elles étaient responsables des tâches qu'on assigne traditionnellement aux femmes assez souvent (s'occuper du ménage, de la cuisine, des enfants s'il y en a), même si vivre en autonomie les encourageait à s'y connaître en bricolage aussi, et si ça pouvait donner plus de temps à leurs conjoints pour passer du temps avec leurs enfants par exemple1.

Globalement, c'est assez souvent des couples (hétéros) qui se lancent dans ce genre de projets. Et ça a un peu l'air d'être le modèle de base qui n'est pas du tout remis en compte. On trouve aussi souvent des hommes seuls. Mais rarement des femmes seules. Jamais des familles monoparentales. Jamais de couples homosexuels. Bref, le couple va de soit et la remise en question de la société que les « autonomistes » font ne le remet pas en compte.

Il y a bien sûr des projets collectifs, mais là aussi, la remise en cause du patriarcat, des systèmes racistes, et de tout ce qui va avec ne semble pas au programme.

Et il y a une dimension de classe qui s'ajoute à ça comme je l'ai déjà dit : il faut avoir des moyens financiers pour s'investir à temps plein dans ce genre de choses. Assez souvent, un bon moyen d'avoir des revenus tout en se consacrant à temps plein à son projet d'autonomie est d'avoir quelques appartements qu'on loue. Après, on pourrait dire que c'est un moyen d'utiliser les ressources de la société capitaliste pour financer un autre modèle de société, mais bon… Ça serait plus anticapitaliste de louer ces apparts pour un euro symbolique à des gens qui en ont besoin je trouve.


Petit bonus, des messages qui vont dans le sens de ce que je dis ici :

1

Mais on peut sans doute parier que les pères passaient les moments de jeu avec les enfants, et que les mères géraient l'éducation, le moment de la douche, l'habillage, etc.